
Annick Picchio
Fictions : Dans la fiction ce qui m’intéresse, ce n’est pas la narration mais son hors- champs…
LES TALISMANS : L’ensemble s’organise autour du thème de la superstition. Curieusement, à l’heure actuelle, notre surcapacité technologique s’accompagne d’un retour à d’irrationnelles pensées. Evoluent dans la même temporalité, une pensée scientifique ultra sophistiquée et l es plus archaïques angoisses. Ce paradoxe m’intéresse. La compréhension du réel tel qu’il est, est –elle une idée si effrayante que l’on puisse lui préférer l’issue d’un « arrière-monde » ? Est –ce une conséquence d’un trop plein d’explication du monde qui fasse s’ orienter certains de nos contemporains, vers l’improbable, la poésie de ce qui n’est pas vérifiable ? C’est la question que pose Les Talismans, sorte d’alphabet primitif constitué de minuscules assemblages fait de » bouts de rien ». Au départ de la série s’opèrent des prélèvements de réel, coquillages, cailloux, graines, choisis en tant qu’ « objets de curiosité ». Par la suite, j’agence, ligote, ordonne chacun de ces éléments afin qu’il devienne porteur d’un sens particulier, tout en le renvoyant au grand tout, dont il est l’un des multiples. Chaque Talismans est inscrit dans une loi de la série, expression que je prends au pied de la lettre et qui induira le rythme de l’agencement final. (En effet, chaque forme induit la forme suivante, en est la conséquence et ainsi de suite…) Ces gris- gris naifs écrivent sur le mur, une sorte de poème archaïque ; ils décrivent l’effondrement, la perte du sens et son caractère anxiogène. Ils deviennent la trace d’un parcours, la tentative d’une réappropriation du réel, selon un rite indéchiffrable. Ils font appel à ce qui ne s’explique pas . Dans cette histoire, je ne cherche pas à démonter qui a tord ou raison et si la superstition est une aberration ou pas. Je prends note, simplement, du fait que beaucoup de gens s’y retrouvent. Il n’ya pas de jugement de valeur, le simple constat d’un processus qui pourrait s’apparenter à celui de la croyance. Les Talismans ont été présentés à L’Atelier Philippe Favier en septembre 08 à ST Etienne.
LE JARDIN DE ROUGE GENTILLE. J’ai travaillé à de nombreuses reprises sur les archétypes du féminin. Dans Le Jardin de Rouge Gentille, la figure de la séductrice est mise en avant. A l’intérieur de cette fiction plastique, le personnage fictif de Rouge gentille invente une mythologie personnelle construite de toutes pièces ,sur un jeu d’artifice, de symboles . Une création sonore accompagne Rouge Gentille, elle ponctue le rythme intérieur de l’installation, faite de plumes, de rubans, de faux bijoux, de parfums etc.…. Rouge Gentille évolue dans un univers rouge, où les sortilèges naïfs qu’elle met en scène lui permettent le plaisir d’une théâtralisation, du faux semblant, de l’attente, du piège( ?). A l’instar des clichés, liés à la femme fatale, la femme araignée, la mante religieuse etc.…. on ne sait rien de ROUGE GENTILLE, si ce n’est qu’elle s’est absentée. L’on ne voit que la trace de son dispositif amoureux. Une coquille vide, une absence, un conte… CREATION SONORE : FISTO et OBSTYNATO. Le jardin de Rouge gentille a été présenté dans le cadre des Nuits de la Bâtie d’Urfé en juillet 09.
LES GRANDES DEMOISELLES.
Les grandes demoiselles veillent, suspendues.
Elles portent, graines ,chrysalides et cocons dans la neutralité d’une blancheur d’apparat. Elle posent la question de l’émergence du vivant à notre époque.
A l’heure des manipulations génétiques, du clonage et du trafic de graines, ou se situe la frontière entre ce qui est naturel et ce qui ne l’est pas ?
Où se situe l’enjeu ?
Les Grandes Demoiselles proposent –elles la vision d’un monde caduque, nostalgique et/ ou en voie de disparition ?
Les Grandes Demoiselles ont été présentées dans le cadre de la Nuit des Musées en mai 08 au. Musée de la Mine de ST Etienne. En novembre 08 durant la Biennale d’art contemporain de Bourges au Muséum d’Histoire Naturelle. En décembre 08 à la GALERIE L’ Ecu de France à Viroflay.
Itinéraire tout masculin D’abord les talismans. Au premier regard ce sont des grigris, grigris féminins bien sûr qui renvoient à la femme ensorceleuse … mais je m’approche et je pense à ces tapis persans où le futur époux doit deviner la personnalité de sa fiancée dans le motif qu’elle a composé pour lui. Deviner, se laisser séduire, trouver l’unique, découvrir le sens à travers le signe, chercher son complément, se connaitre soi-même, dentelles et bois, léger et brut, chercher la perle qui ne s’offre pas au premier regard. Ces talismans agissent sur moi comme une variation de clefs dessinées par des inconnues, il s’agit de reconnaitre l’espérée. Clef en main-et va-t-elle ouvrir ? Interrogation éternelle de matou- direction le rouge ! Trouver l’Ariane qui vient de tisser jusqu’à soi. Où ? Dans le frou-frou, les tralalas, les battements de cœur et de hanche, « les jupes à ras le bonbon », néons, nuit, frôlement, alcool, fumée, jeu de rôle, silhouettes à contre jour, silhouette à contre sens, dédales et mystère, pénombre, mensonges et désirs, mystère du désir de l’autre, la nuit passe comme un combat et lorsque le petit matin s’offre enfin, tout frais, lorsque le petit guerrier s’est accroché à son cher talisman tout au long de la nuit, lorsqu’il se croit vainqueur, lorsque écœuré de trop de vapeurs et de musique comme Ulysse le fut de trop de navigation, de cyclope et de sirènes il aspire au repos, à l’amour pur, à Pénélope ! Franchissant le seuil de la chambre de la mariée comme on entre dans un cocon d’amour ouaté le fauteuil est vide, l’épousée absente. On l’imagine, assis par terre caressant entre deux doigts le souvenir de la promise. Pourquoi n’est elle pas là ? Sombre mais pas découragé, il retournera sans doute dans la grande salle des talismans, peut-être s’est t-il trompé de Clef ? Et le voici reparti pour un tour, trouver la bonne, re-rouge, re-nuit, re néons, re-matin pur et chambre de mariée, re-absence au petit matin dans la chambre ouatée ? Dur combat, tomber se relever… A moins que dans ce dédale d’images de femmes, la femme soit toujours absente. A moins que le jeu ne mène qu’à l’insaisissable, que le graal se cache dans la conquête elle-même, toujours boiteuse insatisfaite. Et voilà que je fredonne : « je t’aime plus fort quand tu es loin de moi… »

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