
Richard Durand
L’art et la manière !
Les oeuvres de Richard Durand dénotent une élégance obsessionnelle et c’est en cela que réside leur plus grande provocation. Sa peinture, le plus souvent de grand format et d’une facture résolument traditionnelle par l’emploi de l’huile, se présente comme un numéro d’équilibriste réitéré pour chaque oeuvre, entre abstraction gestuelle et non - figuration. En sachant que le concept de non- figuration implique une persistance à la réalité sensible mais qui dépasse la simple représentation.
Dès son origine, l’abstraction oscille entre le pôle de la raison et de l’instinct, entre la construction et le lyrisme. Durand cherche dans ses ultimes tableaux une architecture de pulsion et de mouvement qui remet en cause la profondeur de l’espace par le dynamisme de ces articulations. Ces oeuvres sont uniment des surfaces désaturées, des structures tramées, des juxtapositions de couleurs bigarrées composées avec une extrême rigueur.
Durand construit des surfaces qui barrent l’espace pictural comme la trame serrée d’un grillage tourné vers un raboteux all - over ornemental. Le tableau, ramené à l’état de surface, renouvelle sa réalité spatiale par les intervalles, les chevauchements de lignes. L’espace est défini au fur et à mesure de la trajectoire du geste et des traces linéaires. Bien réel, il est le moyen et la fin de la peinture. Ainsi, tout ce qui est exclu de ce champ d’inscription est vide, inerte et négatif. Cette figuration du mouvement par la rencontre entre la verticalité et l’horizontalité, unit l’espace - temps à l’acte et ce qu’il représente. Entre réalité spatiale et libération de la matérialité, l’artiste s’intéresse à deux normes essentielles : la planéité et sa délimitation. Au delà de toute résonnance subjective ou idéaliste, il porte une attention accrue à la notion de “corporéité” même de la peinture par un travail d’expérimentions de structures et de combinaisons simples de motifs, de cercles et de surfaces. Le tableau n’est rien d’autre qu’une expression exclusivement picturale. Dans l’oeuvre de R. Durand, la couleur est traitée pour elle même et se substitue au geste. Il s’agit aussi bien de considérer la manière de la poser sur la toile que la forme même. La couleur manipulée avec légèreté et fluidité pénètre immédiatement sur le support. Se dessinant elle même, elle ramène le champ de la peinture. On assiste alors au “dessin de la peinture” . Le passage des couleurs les unes sur les autres sans rupture se fond dans la toile et s’identifie à la peinture. Il apparaît clairement que le fond et la forme sont indissociables. En travaillant des compositions que les bords du tableau nommés “ découpures “ ne parviennent pas à interrompre, il situe une peinture hors champ. Par conséquent, chaque production crée un espace totalement ouvert, où le regard est comme déporté au delà du cadre. La symétrie des lignes, des bandes qui rejettent les côtés de la toile jusqu’à l’effacement de leur existence font écho à la symétrie des bords de l’oeuvre. Quant au cercle, bien présent dans la peinture de l’artiste, il traduit une intention formelle évidente. Situé par zones concentriques, il évoque un pouvoir expansif de rythme, suggère le dépassement de la forme même et provoque une césure de la composition.
Décomposant toutes les données constitutives plastiques telles que la couleur, le geste, le plan, la surface, le cadre, le fond , la forme, le support, la matière etc...l’artiste prend des positions somme toute radicales. Cette réflexion sur les traces de l’outils ( le fil ) qui finalement n’en sont pas, le processus, l’imprégnation de la couleur, est particulièrement significative. Volontairement sans titres, ses oeuvres témoignent de l’ absence d’ anecdote et de narration . Durand pratique une peinture libre de référence ( au modèle ) avec une gestuelle épurée. Elle présente des stratifications plus complexes pour contredire ses formalisations antérieures ( cf : nature morte, abstraction paysagère ) même si certaines peintures exacerbent encore cet aspect et sont les points d’appui flottants au sein d’un processus ouvert de l’affirmation et de l’extinction. Au delà d’une transposition logique de technique, cette démarche recèle un facteur de féconde indifférence et de distanciation envers les rapports de dépendance entre objet et peinture et les champs possibles de représentation.
Marie - Agnès Charpin Commissaire d’exposition - 2009

RETOUR RUBRIQUE
EN SAVOIR PLUS LES ARTISTES
SAISON 09/10
BIOGRAPHIE
Né en 1963
Vit et travaille en Isère
DNSEP Beaux-Arts de Lyon (1991)
CONTACT
265, route de la Mairie - 38730 Chélieu
04 74 97 96 12 – 06 61 86 81 17
richardurand@free.fr
EXPOSITIONS PERSONNELLES
Galerie Nicole BELLIER
Paris 1990
Galerie Contre – Exemple
Lyon 1991
Galerie Antoine de Galbert
Grenoble 1997
EXPOSITIONS COLLECTIVES
Tendances 97
La Tronche (Isère) 1997
Exposition à l’Embarcadère
Lyon
2001
"Les chemins de la peinture"
Oyonnax 2001
Mapra
Lyon 2001
"Reverberation and delay"
Maison culturelle des Dauphins
La Tour du Pin 2007




